Ce mercredi 14 février, 1 technicien de la RTBF et 3 anciens portes-paroles de s22 vers d14 (deux militants de la gauche radicale et un activiste d’Indymedia) se retrouvaient une nouvelle fois devant la Justice pour répondre d’association de malfaiteurs. Cette accusation avait servi en 2001 à la police liégeoise à les mettre sur écoute sans qu’ils puissent être mis au courant. La procédure avait été elle-même condamnée en 2003 dans un non-lieu délivré par la Chambre du Conseil de Liège. Ce 14 février, les altermondialistes liégeois étaient invités devant la Chambre des Mises en accusation à répondre à l’appel du Procureur suite au jugement de 2003. En ce jour de St. Valentin, la séance était surréaliste et les représentants de la Justice ne le démentiront pas.
Regroupés dans les couloirs du tribunal avec quelques supporters, les 4 accusés attendaient la séance à huis clos avec une certaine appréhension mais une confiance totale en la reconnaissance de leur innocence. Seules quelques questions subsistaient : pourquoi le Procureur a-t-il fait appel en 2003 sur un dossier qui n’apporte aucune pièce contre eux ? Y a-t-il une volonté d’effacer la condamnation du jugement de 2003 sur l’illégalité de la procédure ?
De la schizophrénie du Ministère public…
Une fois les activistes rentrés dans la salle, une partie de ces questions a été éclaircie pendant une séance courte et clairement surréaliste. Le Procureur a été le premier à prendre la parole. Après un début de tirade effrayant et, heureusement hautement ironique, sur la culpabilité pour diffusion de tracts des 4 accusés, le Procureur a appelé le juge a réitérer le jugement de 2003 déclarant le non-lieu. La demande s’est faite dans les mêmes termes que précédemment avec la même condamnation claire de la procédure utilisée par la police et un juge en 2001. Il s’est ensuite expliqué sur la « schizophrénie qui caractérise son geste ». Un Procureur qui demande de réitérer un jugement en appel, ce n’est pas banal. Il a alors déclaré qu’il n’était pas le Procureur qui a demandé l’appel en 2003 et qu’ « à la vue du dossier, (il) ne pouvai(t) pas moralement aller dans le même sens ». Il ne souhaite donc pas suivre son prédécesseur dans sa décision. Il a demandé que le jugement condamnant la procédure soit maintenu.
Le juge lui-même interviendra pour annoncer que pendant ses 10 ans de carrière comme juge de la Chambre des Mises en accusation, ce n’est que la deuxième fois qu’il rencontre pareille situation. Les accusés ont certainement pensé que pour eux aussi, c’était la deuxième fois qu’il participait à une audience surréaliste au tribunal de Liège mais ils ont réussi à se taire sur ce point. En effet, en 2003, le juge avait déjà clairement dénoncé la décision de son confrère qui avait permis la mise sur écoute sans base matérielle valable. Le jugement de 2003 reprend même un paragraphe sur le sujet : « … (Attendu) qu’il y a lieu de déplorer, que dans de telles circonstances, aient été ordonnés des devoirs d’instruction tels des analyses téléphoniques susceptibles de se révéler gravement attentatoires au respect de la vie privée, la mission légale du juge d’instruction étant totalement étrangère à celle de la police administrative laquelle a pour objet principal le maintien de l’ordre public… »